Comme vous ne le savez peut-être pas, je suis en première. Plus précisément en première littéraire option cinéma-audiovisuel. Tout un programme. Et cette année, dans le cadre de notre option, nous avons eu la chance d'être la seule classe sélectionnée pour participer au prix Jean Renoir, ce qui nous a permis d'aller au cinéma (gratuitement, il faut le dire, et ça c'est plutôt chouette) visionner huit films, plus ou moins connus du grand public, mais tous sortis récemment et nominés dans bon nombre de festivals : "La Vierge, les coptes et moi" de Namir Abdel Messeeh, "Camille redouble" de Noémie Lvovsky, "César doit mourir" de Paolo et Vittorio Taviani, "Rengaine" de Rachid Djaïdani, "Foxfire" de Laurent Cantet, "La Parade" de Srdjan Dragojevic, "Elefante blanco" de Pablo Trapero et "Hiver Nomade" de Manuel von Stürler. Deux élèves de la classe ont été sélectionnées pour partir à Paris élire le film que nous aurons plébiscité.
Malheureusement, j'étais absente lors du visionnage de Camille redouble, que je tenais pourtant à voir absolument (surtout pour voir s'il méritait réellement ses treize nominations aux César, je l'avoue). J'avais volontairement choisi de ne regarder ni bandes-annonces ni critiques afin de pouvoir me faire mon propre avis. Voici donc ce que j'ai retenu et pensé des sept autres films en compétition dans ce concours.
1) "La Vierge, les coptes et moi", du jeune réalisateur franco-égyptien Namir Abdel Messeeh,
qui signe ici son premier long-métrage, est un docu-fiction dans
lequel nous suivons Namir dans la construction de son film : de
la soirée au cours de laquelle il trouvera enfin un sujet qui lui
semble intéressant, à la reconstitution d'une apparition de la
Vierge dans son village d'origine, en passant par ses difficultés à
recueillir des témoignages, ou ses soucis avec son producteur.
Lorsque le réalisateur prend l'avion pour l’Égypte, il a pour but
de réaliser un documentaire sur la communauté copte et sa fervente
adoration de la Vierge Marie, en recueillant des témoignages de gens
ayant vécu les apparitions. Le documentaire se retrouve vite
détourné en fiction, lorsque Namir réalise qu'il ne pourra jamais
récolter tout ce dont il a besoin pour la date fixée par son
producteur. Mais il persévère, malgré les avertissements de ce
dernier : il se rend dans le village familial, en pleine
campagne égyptienne, sans en parler à sa mère qui lui a
formellement interdit d'y aller pour filmer ses proches. L'affaire se
complique lorsque son producteur lui coupe les vivres. Il demande
alors à sa mère - qui confirme sa place de personnage clé du film,
de le rejoindre, et de prendre en charge le budget. Ensemble, avec
toute leur famille, ils vont se serrer les coudes pour boucler ce
film, dans l'amour, le partage et la bonne humeur, et surtout en
dépensant le moins possible. L'idée vient au réalisateur comme une
illumination: il veut reconstituer une apparition de la Vierge Marie,
dans le village. Mais il lui faut des acteurs. Ils sont tout
trouvés : les jeunes filles du village passent un « casting »
rapidement organisé, et les cousins, les oncles, les tantes, les
villageois, joueront les autres personnages. Ce film à budget
extrêmement serré, tourné avec les moyens du bord (ou presque) n'a
bénéficié d'aucune grande publicité. Mais il s'agit pourtant bel
et bien d'un bijou, un diamant brut, un film extraordinaire, encensé
par la critique et primé dans de nombreux festivals. Et c'est
compréhensible : ce film est captivant. On cherche parfois à
comprendre la démarche de Namir, on peut parfois se demander comment
sont reliées entre elles chacune des parties, mais sa beauté et sa
simplicité nous rattrapent. Le sourire de la grand-mère, les
colères de la mère, les instants de bonheur partagés en famille
nous mettent des étoiles plein les yeux. Beaucoup trop de gens sont
passés à côté de ce film : il mérite d'être vu, mais
surtout, il mérite d'être apprécié, aimé, adoré.
Ma note : 16/20
2) N'ayant jamais entendu parler du film "César doit mourir", j'ai tenté de m'imaginer l'histoire uniquement à l'aide du titre. Bizarrement, j'imaginais l'histoire d'un chien. César, c'est un joli nom de chien, et puis qui sait, c'était peut-être la vie d'un chien jusqu'à son euthanasie, voilà. Alors je vous avoue, je me suis sentie assez bête lorsque j'ai compris que le film traitait du vrai César, le César de Rome, le seul et l'unique quoi. Il est tourné une fois de plus sous la forme d'un docu-fiction qui débute sur une scène qui se trouve être également l'une des scènes finales du film : la représentation de la pièce "Jules César" qui s'achève sous les applaudissements. Nous découvrons ensuite l'histoire de cette pièce, qui est en fait jouée par des prisonniers. Ce spectacle, le casting qu'ils passent pour en faire partie, les répétitions... tout cela représente pour eux la liberté. Liberté qu'ils ne connaissent plus depuis de nombreuses années, et qu'une fois la représentation finale terminée, ils ne connaîtront plus avant d'autres nombreuses années... La réussite de ce film tient dans la sincérité de ces "acteurs d'un jour". Cette expérience de liberté et de bonheur nous rend quasiment autant heureux qu'eux. Leurs visages fermés lorsqu'ils doivent reprendre le chemin de leur cellule, leur immense joie lorsqu'ils la quittent, toutes ces émotions qui ne sont pas jouées nous bouleversent. Seulement, bien que très touchant, ce film ne semble pas abouti. Toutes ces scènes de répétition, souvent longues, très longues, ne nous permettent pas de saisir le caractère de ces prisonniers, qu'on finit par très bien connaître en tant qu'acteurs, c'est indéniable, mais que nous aimerions connaître en tant qu'hommes, tout simplement.
3) Passons à ma plus grosse déception, "Rengaine", film pour lequel je n'ai pas mâché mes mots à peine sortie de la salle. Ma critique sera donc rapide. Pourquoi ce film, pourquoi ? On passe 1h15 (très franchement, heureusement qu'il ne dure pas plus longtemps...) à se détruire les yeux et le crâne devant des plans tournés à l'arrache, ou plutôt des plans tournés bizarrement "pour faire comme si c'était un documentaire amateur alors que pas du tout" qui mettent en scène des musulmans, des noirs chrétiens, une blonde juive, une famille de 40 frères et une soeur arabes qui se détestent tous parce que vous comprenez, même au XXIe siècle les clichés ont la dent dure : le grand frère de la famille s'oppose au mariage de la petite soeur parce que son mec est noir, déjà ça c'est pas possible, et qu'en plus de ça il est chrétien, alors là c'est un véritable vice, on peut pas tolérer ça, alors que lui il est en couple avec une juive, mais bon il ne la présentera pas à sa famille, parce que ça aussi c'est intolérable. Les musulmans avec les musulmans, les chrétiens avec les chrétiens, les juifs avec les juifs et les vaches normandes seront bien gardées ? En bref, un ramassis de bêtise, de clichés tous plus grotesques les uns que les autres, et un mal de crâne assuré. Merci à Stéphane Soo Mongo qui sauve le film grâce à son talent, son humour et sa fraîcheur et qui mérite sa nomination aux César et surtout un rôle dans un vrai grand film.
Ma note : 8/20
4) Mon coup de coeur pour Laurent Cantet s'est confirmé dès les premières minutes de "Foxfire, confessions d'un gang de filles". Je m'étais pris une claque devant "Entre les murs" et même si à priori entre les deux films, on fait un grand écart, ça a également été le cas devant "Foxfire". Les images, les couleurs, les musiques m'ont tout de suite accrochée : on rentre vite dans l'univers de ces jeunes filles en pleine rébellion et dans une certaine quête d'identité. Ce gang de filles mené par son leader, Legs, est fort attachant. Oui oui, même Goldie, l'insupportable garçon manqué tête à claque. Il est facile de s'identifier à elles, puisque, comme dans son précédent film, Laurent Cantet place les personnages au premier plan, plus que l'histoire elle-même. Ces jeunes filles se réunissent dans le but de se venger contre les hommes. Leurs aventures prennent un autre tournant quand Legs est incarcérée. En prison, elle prend conscience de bon nombre de choses concernant son comportement, et elle a une folle idée en étant libérée : vivre en communauté avec ses copines de Foxfire. Elles se rendront bien vite compte qu'elles n'avaient pas réfléchi aux conséquences, car elles seront finalement rattrapées par une certaine force individualiste... Un film intelligent, bien tourné (adaptation d'un livre que je n'ai pas lu mais qui me tente désormais beaucoup) servi par d'excellentes actrices et surtout, un génie de réalisateur.
Ma note : 18/20
5) "La Parade", ou le film que je redoutais puisque j'en connaissais le sujet (l'homosexualité), et qui sentait le film cliché à plein nez. Je n'avais pas franchement envie de voir "Rengaine" en version gay. Mais bizarrement, au bout d'une dizaine de minutes, je me suis surprise à apprécier. Il faut dire que le choix de réalisation de la première partie du film est audacieux : on découvre chaque personnage, d'abord seuls, puis on découvre les liens qu'ils ont entre eux. Peu de personnages font une apparition plus tardive, ce qui permet de tout comprendre dès le départ, bien qu'en avançant dans l'histoire, certaines relations ont tendance à devenir ambiguës. Parmi les personnages, nous trouvons donc évidemment des homosexuels, dont le rêve est d'organiser une "parade" (d'où le titre du film), l'équivalent d'une Gay Pride, dans ce pays où ils subissent chaque jour, à cause de leur "différence", des violences réellement intolérables... A côté de ça, le film nous présente un homme qui, comme bon nombre de serbes au début des années 2000, assume complètement son homophobie, et sa compagne, une blonde un peu idiote qui lui demandera pourtant d'aider ce groupe d'homosexuels à mener à bien leur projet. Le milieu du film, qui constitue la recherche de gros bras, à travers tout le pays, pour assurer la sécurité de la parade, m'a paru long et ne m'a tout simplement pas plu. Je crois même que j'ai dormi un peu à ce moment-là. Mais une fois cette partie terminée, je suis complètement revenue dans l'histoire, et une fois de plus, je ne me suis pas reconnue : je pleurais, oui oui vraiment, des petites larmes, mais j'étais vraiment bouleversée par ce combat qu'ils parviennent finalement à mener à bien, au risque d'y laisser leur vie... On a tendance à croire que tout est présenté de façon si grotesque que c'est bien trop pour être réaliste. Et pourtant non, il y a une dizaine d'années, le quotidien des homosexuels serbes ressemblait vraiment à ça. Un film bouleversant donc, que je conseille à tous.
Ma note : 17/20
6) Si j'avais écrit la critique du magnifique "Elefante Blanco" juste après être sortie de la salle, elle aurait sans aucun doute ressemblé à ça : "tout dans ce film frôle la perfection. Des paysages à la musique en passant par les cadrages et les teintes choisies. Des acteurs bouleversants. Une histoire loin de la fabulation, où rien n'est caché, et qui nous prend aux tripes. Un magnifique hommage". Mais voilà, deux jours après, j'ai pris un peu de recul, et je trouve quand même à ce film quelques petites imperfections. Tout d'abord, j'ai mis beaucoup de temps à rentrer dans l'histoire. Le prologue est très particulier, et demande une certaine attention si l'on veut pouvoir comprendre. On découvre une succession de paysages argentins, tous plus beaux les uns que les autres, mais qui nous laissent plus croire à un documentaire de National Geographic qu'à un film sur les bidonvilles. Deux solutions donc : on s'endort dès le départ, ou on s'accroche, et on se prend une claque tant les paysages dépeints au début contrastent avec la violence des affrontements du bidonville dans lequel se déroule l'action. Pour tout vous dire, pendant quelques minutes, ma fatigue l'a emporté, et je pense qu'on peut associer ça à des moments trop longs et trop peu compréhensibles. "Elefante blanco" donc, ce n'est pas le nom d'une nouvelle race d'animal, plutôt le nom donné à ce projet d'hôpital, qui devait devenir le plus grand de toute l'Argentine et qui après l'arrêt du chantier, est devenu le "bidonville de la Vierge", dans lequel sont engagés deux prêtres, Julian et Nicolas, et une assistante sociale, Luciana. Plusieurs choses m'ont bouleversée : tout d'abord, la façon dont est perçue la foi, et la vie de ces hommes qui ont choisi de suivre Dieu, qui nous est livrée ici par deux acteurs époustouflants, Jérémie Rénier et Ricardo Darin, qui, malgré les difficultés et les épreuves qui vont s'imposer à eux, poursuivent leur mission auprès des plus démunis. Puis, l'honnêteté de ce film. Rien ne nous est caché, tout est dit. On a parfois tendance à se dire que le trio engagé dans ce bidonville est inébranlable, qu'ils parviennent toujours à s'extraire des situations les plus compliquées, et que jamais la police ne viendra leur poser problème, contrairement aux miséreux dont ils ont la charge. On se dit ça, jusqu'à cette scène, d'une violence et d'une vraisemblance rares. On ne nous ment pas. L'affreuse réalité des bidonvilles est décrite ici, sans fioritures. Une véritable claque en matière de cinéma engagé. Un quasi-chef-d'oeuvre qui n'a malheureusement pas bénéficié d'une assez vaste campagne de publicité. A voir absolument.
Ma note : 18/20
7) Pour conclure cette expérience, nous avons fait un grand écart. Nous avons quitté l'Argentine, l'Egypte, la Serbie pour revenir aux sources. La France et ses vastes champs, à perte de vue. Manuel von Stürler nous propose de faire la connaissance de Pascal et Carole, de leurs quatre chiens, de leurs trois ânes et de leurs huit-cent moutons. Nous partons avec eux pour leur transhumance hivernale. Un voyage vers l'inconnu, intriguant et déroutant. Dès la scène d'ouverture, on se pose mille et une questions. On cherche à comprendre la démarche du réalisateur. Puis les minutes s'écoulent, et l'on se retrouve sans peine embarqués dans ce documentaire original et osé. Les forts caractères de Pascal et Carole nous étonnent, nous font sourire, voire rire. Des personnages attachants qui entretiennent avec leurs bêtes une relation très particulière, qui, si on l'avait découverte dans un reportage de 30 millions d'amis, nous aurait sans doute profondément ennuyés, mais qui, dans ce cas-là, nous donnent envie d'en voir encore plus, toujours plus. Les retrouvailles des bergers avec leurs amis paysans nous amusent et nous touchent. Ils ne sont jamais seuls. Partout où ils iront, ils trouveront du réconfort. La beauté des paysages hivernaux renforce le charme de ce documentaire, et nous émerveille. Seulement, le moment fatidique arrive. Les huit-cent moutons ne sont plus huit-cent. Les plus gras sont envoyés à l'abattoir. L'éternel recommencement. Incroyable réussite que ce documentaire qui parvient à nous émouvoir, malgré un sujet si particulier. Nous commençons ce film en nous posant des questions auxquelles le film répond, bien au-delà de nos espérances. On sort de cette salle en se questionnant encore. Et si la vraie vie, c'était ça ?
Ma note : 16/20
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